Publication du journal de Julie Manet

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Fille de Berthe Morisot et d’Eugène Manet, Julie Manet (1878-1966) évolue dans l’univers artistique et intellectuel de la Belle Époque. On connaît bien son visage et sa silhouette car toute sa vie elle posa pour sa mère et pour de nombreux peintres, et notamment pour son oncle Édouard. Elle fut très liée avec Renoir, son mentor, Degas, Monet, Pissarro, et bien d’autres. À la mort de son père, son tuteur n’est autre que Stéphane Mallarmé…
Empreint de sensibilité et d’humour, son Journal (1893-1899) est celui d’une jeune fille qui relate ses émotions ; mais c’est surtout une chronique captivante de la vie des Impressionnistes. À leur propos, elle nous fournit de nombreuses anecdotes collectées lors de rencontres, d’invitations, de voyages, ou dans l’intimité secrète de leur atelier. Jeune fille de son temps, Julie peint, joue du violon, découvre la musique de Wagner, lit les écrivains à la mode, rêve et évoque les affaires qui agitent l’époque – l’affaire Dreyfus ou la visite du tsar Nicolas II en 1896. C’est avec émotion qu’on la voit également se lier d’amitié avec Ernest Rouart, dont elle deviendra l’épouse en 1900…

(présentation de l’éditeur)

Gérard Bayo, prix Mallarmé 2016

Neige (suivi de Vivante étoile), de Gérard Bayo a été récompensé par le prix Mallarmé, décerné à l’occasion de la foire du livre de Brive la Gaillarde.

couverture de Neige

Neige

Gérard Bayo, né à Bordeaux en 1936. Poète et essayiste, a publié une vingtaine de recueils de poèmes dont Chemins vers la terre (éd. Le Taillis Pré) et Murs de lumière (traduction de Rüdiger Fischer, éd. en Forêt), et des essais sur l’œuvre d’Arthur Rimbaud. Traduit en plusieurs langues européennes, il a lui-même traduit du roumain des poètes et du romancier Horia Badescu Le Vol de l’oie sauvage (éd. Gallimard).

site des éditions de l’herbe qui tremble

Prix Mallarmé 2016

Neuf auteurs sont pré-selectionnés cette année par l’Académie Mallarmé pour concourir au Prix Mallarmé, organisé à la Foire du Livre de Brive-la-Gaillarde :

  • Jacques Ancet, Huit fois le jour (Lettre Vives)


  • Gilles Baudry, Sous l’aile du jour (Rougerie)


  • Gérard Bayo, Neige, suivi de Vivante étoile (L’Herbe qui tremble)

  • Zeno Bianu, Satori express (Le Castor Astral)

  • Roger Dextre, Des écarts de langage (La rumeur libre)
  • Monchoachi, Partition noire et bleu (Lémistè 2), Obsidiane

  • Jeanine Salesse, À la méridienne (Pétra)

  • Sylvie-E. Saliceti, Couteau de lumière (Rougerie)

  • Le Dieu des Portes

  • Frédéric Tison, Le Dieu des portes (Librairie-Galerie Racine).

Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture

de Jean-François Hamel

Mallarmé a connu des vies posthumes que ne suffisent à conjurer ni le recours aux registres de l’état civil ni le retour au corpus de ses textes. À l’âge de l’existentialisme, les critiques littéraires inscriront la négativité de sa poésie dans les aventures de la dialectique. Aux grandes heures du structuralisme, les avant-gardes le croiront capable de réconcilier Marx et Saussure. Quand tomberont les statues de Lénine, les philosophes liront dans ses vers la mémoire d’un siècle de révolutions. Voici Mallarmé tel qu’en lui-même le XXe siècle le change. Cette tradition interprétative, qui prend à revers la question de l’engagement littéraire, nous invite à reconnaître l’inventivité polémique des gestes de lecture et d’interprétation. Car ce n’est pas les intentions de l’écrivain qui produisent la signification politique des textes, mais les stratégies herméneutiques des lecteurs. La politique de la lecture qui a inventé la figure du camarade Mallarmé est un art du contretemps, toujours à la limite de l’anachronisme, qui rend perceptible, dans la littérature d’autrefois, une force d’opposition et de rupture toujours actuelle. Le destin politique de Mallarmé illustre les tours et détours d’une lecture engagée.

 

lire un extrait ici

Des textes sur artyuiop.fr

Le site artyuiop.fr, animé par Dominique Petitjean, propose une bibliothèque de textes personnels et de textes d’Appolinaire, Baudelaire, Yves Bonnefoy et autres Marguerite Yourcenar. Parmi ces textes, signalons tout particulièrement le « nénuphar blanc », texte en prose de Stéphane Mallarmé, ici accompagné d’un texte de Jean-Paul Sartre, formant préface. Soulignons également la mise en page soignée des documents proposés ici. De même, quelques peintres, du XVème au XVIIème siècles, illustrent les textes. Une adresse à retenir et à faire connaitre.

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Des textes sur artyuiop.fr

Le site artyuiop.fr, animé par Dominique Petitjean, propose une bibliothèque de textes personnels et de textes d’Appolinaire, Baudelaire, Yves Bonnefoy et autres Marguerite Yourcenar. Parmi ces textes, signalons tout particulièrement le « nénuphar blanc », texte en prose de Stéphane Mallarmé, ici accompagné d’un texte de Jean-Paul Sartre, formant préface. Soulignons également la mise en page soignée des documents proposés ici. De même, quelques peintres, du XVème au XVIIème siècles, illustrent les textes. Une adresse à retenir et à faire connaitre.

artyuiop.fr

Seyhmus Dagtekin

L’un des plus prestigieux prix littéraire français dans le domaine de la poésie vient d’être attribué à Seyhmus Dagtekin, auteur kurde qui se réfugia à Paris en 1987. Une manière de transposer dans l’ellipse du mot juste le souffle créatif qui balaye les contrées éloignées du Kurdistan. Un pays, un peuple, une culture trop souvent associés à une guérilla sans fin …

C’est donc sur son dernier livre, Juste un pont sans feu, paru au Castor Astral en juin 2007, que le jury, composé d’écrivains et de poètes, a jeté son dévolu. Un recueil qui embrasse la matière pour donner un sens à la rotation de notre terre qui semble parfois tourner à l’envers. « Je tente d’habiter un souffle », nous dit Seyhmus Dagtekin en guise d’introduction. Il se veut entier et multicolore comme les influences qui ont été siennes, tant à Ankara ou il étudia l’audiovisuel qu’à Paris où il découvrit la langue française, alors âgé de 22 ans.
Né en 1965 à Haroun, village kurde du sud-est de la Turquie, il est l’auteur de six recueils de poésie, dont cinq parus au Castor Astral, et d’un roman, À la source, la nuit, chez Robert Laffont. Il compte aujourd’hui parmi ceux qui renouvellent la langue poétique française. Son recueil Les Chemins du nocturne a obtenu le Prix international de Poésie francophone Yvan Goll et son roman s’est vu décerner, en 2004, la mention spéciale du Prix des Cinq continents de la francophonie.

La maîtrise de la langue française chez ce poète-là donne à voir une autre musique que celle jouée par des auteurs français pour la bonne et simple raison que la partition est interprétée par une sensibilité déjà encline à d’autres voyages que ceux inspirés initialement par la métrique française. Et c’est justement ici que se passe l’alchimie qui ouvre la langue et donne au poème cette fraîcheur parfois, cette intensité aussi, cette force surtout qui ferait déplacer les montagnes pour peu que l’on sache bien lire entre les lignes.

Car la poésie n’est pas que littérature, la poésie est musique, déesse des sens et art de l’oralité en tout premier, elle s’adonne parfois à être lue mais c’est dans l’idée d’une transgression, d’une profanation car elle n’est pas fille du silence.
Seyhmus Dagtekin l’a bien compris, lui qui nous invite à la première place de son concerto pour musique de chambre, lui le soliste qui interprète ses images dans un rituel inventif et bigarré, une ritournelle surréaliste sur laquelle il ose jongler avec les mots, leur sens, leur image, leur contre sens, leur ombre, leur symétrie, leur homonymie, leur travers aussi …

Construit comme une suite logique, une histoire qui serait narrée au coin du feu dans le crépitement des impossibles flammes pour illuminer cet espoir d’une main tendue, d’une réunion possible alors que la lumière serait obtenue autrement, dans l’asile d’un éclair dompté par le poète qui s’en tiendrait à son désir, humain, trop humain, dans l’éther du possible, réunir l’autre partie de lui-même en ce pont lointain et invisible qu’il tisse sur les braises des charniers, lui le candide en son jardin, sans tambour ni trompette, guide aussi d’une altérité volée, qui va sur la route de Damas cueillir la rose de la destinée … Livre brûlant brûlé à l’acide des larmes, au sel du désir, au piment de la beauté absolue tapie au creux des amours impossibles. Livre torchère. Sans feu. Sans brusquer ; sans dévoiler le tain qui se déchire derrière le rideau de l’Histoire. Demain, après-demain sans doute. Une autre fois, peut-être. Mais pourquoi attendre alors qu’ici, là, sous nos yeux, une virginité s’offre à nous pour nous plonger dans les eaux claires et limpides du renouveau ?

Seyhmus Dagtekin est entre le mage et le poignard : il ose, il frappe, il donne, il dénonce ; il saura aller trop loin, non un pont mais en tornade pour s’abattre sur la forme et la syntaxe, jouer les funambules et écrire, écrire la poésie moderne avec ou sans ponctuation, avec ou sans dialogues, avec ou sans rimes ; mais toujours dans l’esprit de l’exception.

Musique, maestro !

P.S.

Seyhmus Dagtekin, Juste un pont sans feu, Le Castor Astral, juin 2007, 93 p. – 10,00 €